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Empoisonnement d’Arafat : les Suisses persistent et signent

jeudi 5 décembre 2013, par La Rédaction

(Le professeur François Bochud (à gauche), directeur de l’Institut radiophysique de Lausanne, et le professeur Patrice Mangin, directeur du Centre de médecine légale de Lausanne, présentent leur rapport sur les causes de la mort de Yasser Arafat, le 7 novembre 2013 à Lausanne.) © Laurent Gillieron / Sipa

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Les scientifiques suisses ne sont pas d’accord avec leurs collègues français et tiennent à le faire savoir. L’équipe d’experts de l’Institut de radiophysique de Lausanne, dont les conclusions sur un possible empoisonnement de Yasser Arafat ont été contredites mardi par des experts français, répète que l’on peut "raisonnablement soutenir la thèse d’un empoisonnement" du raïs palestinien au polonium-210, une substance radioactive invisible hautement toxique. Interrogé par la Radio télévision suisse (RTS), le professeur Patrice Mangin, directeur du Centre universitaire romand de médecine légale, qui a dirigé l’expertise suisse, se dit "surpris par les explications" fournies par les scientifiques français.

Les équipes suisses et françaises, mandatées respectivement par l’Autorité palestinienne et le parquet de Nanterre, ont pu analyser des échantillons prélevés sur la dépouille de l’ancien dirigeant palestinien, exhumée le 27 novembre 2012. Un an plus tard, ils arrivent au même résultat : le corps de Yasser Arafat contient bien un taux de polonium-210 supérieur à la moyenne. D’après les Suisses, les quantités de polonium-210 mesurées seraient même jusqu’à 20 fois supérieures à la normale.

"Absence de diagnostic précis"
Mais là où le laboratoire de Lausanne évoque la thèse d’un empoisonnement, l’équipe française attribue la présence du gaz toxique à une "origine environnementale naturelle", à savoir l’existence d’un gaz radioactif naturel, le radon, dans la tombe du défunt. Ainsi, les Français vont dans le sens d’une "mort naturelle", même si, à la différence du rapport suisse, le document français n’est pas disponible dans son intégralité. Une conclusion que le professeur Patrice Mangin trouve pour le moins "étrange" et dit "ne pas comprendre", d’autant plus que les scientifiques français ne disposent pas de diagnostic précis.
À la mort du raïs en 2004, "les plus grands experts de la place de Paris se sont penchés sur son sort et aucune cause n’a été établie", rappelle le directeur du Centre universitaire romand de médecine légale. "L’hypothèse de l’infection a été, semble-t-il, celle qui a été le plus facilement écartée. Il n’y avait pas de fièvre, pas de syndrome infectieux et toutes les investigations microbiologiques se sont révélées négatives." Et le scientifique de s’interroger sur les nombreuses zones d’ombre qui entourent l’affaire, comme l’absence d’autopsie du corps ou la destruction des échantillons prélevés à l’époque par l’Institut de recherche dépendant de l’armée.

"Pas de certitude"
Autre personne à s’étonner des conclusions françaises, la veuve du raïs, Souha Arafat, qui s’est dite mercredi "convaincue" que son mari "n’est pas décédé de mort naturelle". S’estimant "choquée" que le rapport médical français qui lui a été transmis "se résume à 4 pages", contre 108 pour le document suisse, la veuve du raïs palestinien a demandé, par la voix de son avocat, que l’expertise du laboratoire de Lausanne soit versée à la procédure française afin d’apporter une conclusion "homogène". Quant à l’équipe russe, la troisième à avoir analysé les échantillons de la dépouille du raïs, elle a conclu à l’impossibilité de déterminer si le polonium est bien la cause du décès de Yasser Arafat.
"On va rester dans le doute", prédit Patrice Mangin. L’équipe de l’Institut de radiophysique de Lausanne reste toutefois très prudente sur la thèse d’un empoisonnement. "Nous avons simplement évoqué une hypothèse, mais nous n’avons pas d’élément de certitude", rappelle le scientifique. Interrogé par le journaliste Darius Rochebin sur les moyens de se procurer du polonium, Patrice Mangin rappelle néanmoins qu’il est "difficile" d’en obtenir. "Pour fabriquer du polonium, il faut disposer d’un réacteur, et ce sont les État qui maîtrisent ce genre de chimie", souligne-t-il.

(05-12-2013 - Avec les agences de presse)

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